C'est quoi une doula?

May 30, 2017

Témoignage:

 

Un beau matin, pendant ma grossesse, j’ai tapé « accoucher sans péridurale » sur Google. Non, mon cerveau n’avait pas été frappé par une attaque massive de béta HCG en furie, ni court-circuité suite à une overdose d’acide folique ; VRAIMENT, je me posais la question d’avoir recours ou non à la péridurale, VRAIMENT j’aurais voulu accueillir bébé Carrousel naturellement, VRAIMENT j’étais sincère en disant « je verrai sur le moment, si j’arrive à faire sans, je ne la demanderai pas », VRAIMENT je croyais qu’on pouvait accoucher sans péridurale sans préparation particulière, juste en disant « non non les gars, je suis bien, on va continuer comme ça ». (Je parle des situations où on a le choix hein, bien-sûr, parce que si vous arrivez à la maternité avec la tête du bébé à moitié dehors ou que vous accouchez chez vous, la question ne se pose plus).

 

Par les méandres des algorithmes de notre moteur de recherche favori, je tombe BIEN-SUR sur le forum Doctissimo, le fidèle compagnon de la maman psychoteuse, de la conception aux 18 ans de l’enfant. Alors que je parcours en diagonale les sujets, certaines mamans parlent d’une doula pour assister à leur accouchement naturel (=sans péri, entre autres) et les aider dans cette épreuve. A cette époque, ce mot de doula, qui m’est totalement inconnu, m’évoque une mama africaine en train de faire la danse du fœtus devant une case où accouche une femme à même la terre battue. Mille excuse pour le stéréotype, mais c’est la version étroite d’esprit de moi-même qui contrôlait mon cerveau à cette époque. Bref, une pratique marginale, dépassée et surtout très chelou, me dis-je à ce moment là, sans chercher à en savoir davantage. Quelques mois plus tard, j’accouche à l’hôpital et réclame ma péri à corps et à cris, comme tout le monde.

 

Environ un an plus tard, je me trouve chez des copines rencontrées à la Leche League (alias la brigade du MILK ou les Avengers du boobs, d’après les pères indignes  ) avec Bébé Carrousel âgée de quelques mois. En terme de maternage (et de marginalisation !  ), les filles sont plus avancées que mon moi de l’époque ; elles allaitent leurs enfants qui me paraissent grands (entre 18 mois et deux ans, ce qui aujourd’hui me semble parfaitement naturel tout simplement), dorment avec leurs enfants comme si c’était évident  (alors que moi, je me cache encore pour le faire), lavent leurs couches ou ne leur en mettent pas, mangent exclusivement bio et… accouchent sans péridurale. L’une d’entre elles annonce qu’elle va commencer une formation de doula. Tilt ! Tiens, elle ne porte pourtant pas un boubou et semble bien entrée dans le 21ème siècle ? Une formation, comme pour un vrai métier ? Serait-ce donc finalement une pratique d’actualité ?

 

Et c’est ainsi que, de fil en aiguille, j’ai découvert le magnifique métier de doula . Et comme je suis une fille sympa, je partage, parce que ce serait dommage qu’on soit toutes aussi bêtes que moi, à imaginer la doula comme une illuminée qui chante des incantations à côté d’une parturiente en transe.

 

 

 

L’association des doulas de France la définit ainsi :une doula est une femme qui a pour vocation d’aider une autre femme et son entourage pendant la grossesse, l’accouchement et la période postnatale, grâce à son expérience et à sa formation. Elle incarne la figure féminine qui se tenait autrefois auprès de la femme qui met au monde son bébé, aux côtés de la sage-femme.

(Au passage, je vous informe que le terme de doula ne vient pas du maraboutisme, mais du grec ancien et voulait dire « esclave », « servante » ce qui, j’en conviens, n’est pas très engageant vu comme ça.)

 

C’est donc un accompagnement à la périnatalité, totalement complémentaire de celui du médecin ou de la sage-femme : la doula ne pratique aucun examen, ne prescrit aucun médicament, ne pratique aucun acte médical, ne peut pas assister un accouchement sans la présence d’une sage-femme ou d’un médecin. Mais pour tout le reste, tout ce que, précisément,  les femmes et les parents recherchent souvent auprès du corps médical sans le trouver, la doula est là.  

 

Un doula a suivi une formation de 144 heures sur les aspects théoriques, physiques et pratiques de la grossesse, l’accouchement et du postnatal, mais elle a également été formée à la relation d’aide et aux façons d’accompagner avec bienveillance les couples. 

Car au-delà des connaissances théoriques, être doula c’est avant tout un savoir-être particulier : savoir accompagner, écouter avec empathie, sans juger et sans forcément conseiller. La doula, c’est cette personne soutenante et bienveillante dont nous, futures et jeunes mamans, et aussi jeunes papas, avons tous besoin à un moment ou à un autre de l’aventure et que nous recherchons, souvent en vain, après de notre entourage (ou du pédiatre). Mais la vraie relation d’aide, ça ne s’improvise pas, et l’entourage est souvent trop impliqué ou trop centré sur lui-même pour apporter aux parents ce dont ils ont réellement besoin.

 

 

 

 

Concrètement, quand faire appel à une doula ?

 

On peut faire appel à une doula depuis la conception d’un bébé (lors d’un parcours de PMA par exemple) jusqu’à la période postnatale, qui s’étend jusqu’aux 3 ans de l’enfant.

 

 

- Pour un accompagnement global:

 

Je pense que la grossesse et les mois qui suivent la naissance d’un enfant constituent la période la plus bouleversante de la vie d’un couple. Pour les femmes, les jeunes mamans, c’est un véritable tsunami d’émotions, de questions, de doutes et de remise en question. Tout change : le quotidien, les priorités, la façon de penser. Tout le monde à son avis, ses façons de faire, ses conseils. Tout le monde s'anime à l'annonce d'une grossesse, tout le monde parle un peu en même temps autour de ce futur bébé, mais qui écoute réellement la femme enceinte et son conjoint?

 

La grossesse est jalonnée de RDV médicaux, mais, même une super sage-femme (comme la mienne !) qui prend le temps de répondre à nos inquiétudes sur le déroulé de la grossesse n’a pas le temps (et ce n’est pas forcément son rôle) de discuter avec nous de toutes les questions non médicales qu’on se pose, de nous accompagner dans les choix qu’on fait pour notre bébé à naitre, etc. Les cours de préparation à la naissance sont souvent collectifs et il s’agit souvent d’une transmission de la sage-femme vers la femme, on ne part pas du ressenti et des besoins de cette dernière. Et je ne parle pas de certains médecins/gynécologues qui dispensent des consultations de suivi expéditives où le psychologique n’a aucune place. La doula peut être une accompagnante de la femme et du couple, sur tous les aspects non médicaux, de façon individuelle et personnalisée, avant et après la naissance.

 

Il est rare, en France, qu’une seule et unique personne assure le suivi médical de la grossesse. Il est généralement réparti entre un gynécologue ou une sage-femme en libéral, puis les sages-femmes et l’obstétricien de la maternité, puis la ou les équipes du jour de l’accouchement, puis une autre sage-femme pour les suites de couches, l’équipe de la PMI, le pédiatre ou médecin qui va suivre l’enfant… . La doula s'inscrit dans une vraie relation de confiance, elle constitue la continuité dans ce parcours. Bien-sûr, le papa est (généralement) là, mais lui aussi doit trouver ses marques et n’a pas forcément l’expérience, le recul et la formation nécessaire pour apporter à la maman le soutien dont elle aurait besoin. D’ailleurs, s’il le souhaite, la doula peut également l'accompagner et l'aider à trouver sa place auprès de la maman pendant la grossesse et l'accouchement, et auprès du bébé après la naissance.

 

 

- Pour un accouchement sans péridurale:

 

Lorsqu’une femme accouche à hôpital (95% des cas) et qu’elle souhaite le faire sans péridurale, les sages-femmes n’ont matériellement pas le temps de l’accompagner tout au long du travail sur les aspects non-médicaux et sur la gestion de la douleur. Au mieux, l’équipe médicale propose ponctuellement des petites techniques pour faire avancer le travail (ballon, bain…) ou rappellent comment bien respirer. Au pire, l’équipe médical est absente et, ne sachant pas gérer la douleur, insiste régulièrement pour poser une péridurale à la future maman, pour qui cela devient quasiment impossible de résister, à moins d’être très bien préparée. Livrée à elle-même et avec le seul soutien du papa, qui est souvent très désemparée de voir sa femme souffrir, les femmes renoncent souvent à leur projet de naissance "naturelle" ou ne trouve pas la force ni la légitimité de se faire entendre sur les autres points de leur projet de naissance qui leur tenait à coeur.

 

La doula est là pour pallier à ce manque de temps des équipes médicales, pour les femmes qui souhaitent une naissance « respectée », la plus naturelle possible, mais qui ne veulent ou ne peuvent pas accoucher à la maison ou en maison de naissance (structures rares, qui plus est). Elle ne travaille pas contre les équipes médicales, mais en complément et peut faire le lien entre les équipes et les parents. Elle accompagne la future maman et le futur papa qui le souhaitent, pendant toute la durée du travail, avec retenue et bienveillance. Elle représente, une fois encore, la continuité et une figure de confiance rassurante, pour une naissance respectée, presque comme à la maison, avec la sécurisation apportée par l’hôpital.

 

 

 

 

– Pour un coup de pouce plus ponctuel:

 

Les doulas peuvent aussi proposer un accompagnement plus ponctuel, sur des thèmes précis, sur une période plus courte, pour des besoins spécifiques…

 

 

Avant d’accueillir son premier enfant, on pense parfois qu’il suffit de lire des articles sur internet pour choisir le matériel et que le reste viendra tout seul, naturellement. C’est en partie vrai, mais apprendre à se fier à son instinct, se faire confiance, ce n’est pas si évident et là aussi la doula à un grand rôle à jouer. A mes yeux, se faire accompagner par une doula, c’est faire un joli cadeau à son enfant : celui de parents plus serein, plus confiants, plus assurés dans leur rôle.

 

 

 

 

Source originale ici

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