Pourquoi nous avons du mal à prendre soin de nous

Se détendre, bien manger, prendre le temps de lire, se faire masser… Nous savons tous que notre bien-être dépend de notre capacité à nous traiter avec douceur et bienveillance. Mais de la théorie à la pratique, il y a un pas, parfois très difficile à franchir.

Estelle, 37 ans, « lectrice assidue de Psychologies », a eu un déclic en lisant notre hors-série Se faire du bien. « Je me suis dit, ça a l’air si simple, ce sont des petites choses faciles à intégrer dans son quotidien : s’étirer, bien respirer, prendre un bain, et pourtant ces petites choses me semblent aussi difficiles que de gravir l’Himalaya !

En y réfléchissant, j’ai compris qu’au fond, je ne croyais pas vraiment que cela pourrait changer ma vie. C’est comme si les jeux étaient faits dès le départ : certains sont naturellement doués pour se faire du bien et d’autres sont condamnés à lire des conseils sans pouvoir les appliquer ! » Nous pourrions ainsi multiplier les témoignages de ceux qui, tout en ayant conscience que prendre soin de soi est la base du bien-être physique et émotionnel, oublient, négligent ou malmènent leur corps.

femme et tasse de thé

On s’identifie trop à son corps

« Il y a deux façons de vivre son corps, explique le psychanalyste J.-D. Nasio. Soit en l’oubliant, et là j’identifie mon corps à mon être et je me dis que “je suis mon corps” ; soit en pensant à lui, et là je tiens mon corps pour mon bien le plus précieux, et je me dis que “j’ai un corps”. »

Plus concrètement, cela signifie que lorsque nous ne faisons qu’un avec notre corps, nous ne pouvons pas nous dédoubler, et donc le prendre comme objet de soins. En revanche, si nous avons conscience d’avoir un corps, un « maître souverain », comme le définit le psychanalyste, qui a le pouvoir de prolonger ou d’arrêter notre vie, alors nous pouvons le traiter avec tous les égards qu’il mérite.

Mais prendre soin de soi n’est pas seulement une affaire entre soi et soi. Pour Robert Neuburger, psychiatre et psychothérapeute (auteur, notamment, des Territoires de l’intime, Odile Jacob), cette démarche n’a de sens que dans le cadre d’une relation. « L’être humain ne peut pas “se faire exister” par lui-même, il ne peut pas se passer de l’autre. C’est pourquoi on prend soin de soi non pour soi, mais en fonction du regard des autres. Pour préserver une appartenance. »

Si l’on ne se sent pas assez important, si l’on doute de sa valeur, si l’on n’a pas trouvé sa place, prendre soin de soi n’a pas de sens. « Après mon divorce, je me trouvais moche, sans intérêt, se souvient Agnès, 44 ans. Prendre soin de moi à cette époque, ça voulait dire aller chez le coiffeur pour que ma fille ait quand même une image positive de sa mère. C’est aussi pour elle que je mettais du rouge à lèvres. »

On a trop écouté papa et maman